Témoignages
Chaque personne qui a connu l'itinérance a une façon différente, et souvent difficile, de raconter comment elle est arrivée à une situation si désespérée. Nous remercions les personnes suivantes pour avoir eu le courage de partager leurs témoignages, afin que nous tirions un enseignement.
Jason*: des rêves brisés qui l'ont presque amené à l'autodestruction
J'étais à la rue à 21 ans et j'ai acheté ma première maison à 25 ans.
Voilà comment Jason, un ancien jeune de la rue, décrit sa trajectoire personnelle. Venant d'une famille de classe moyenne de Calgary, il a grandi avec une passion pour le hockey, passant des heures entières sur la glace et rêvant d'un futur dans les ligues majeures.
Un accident grave mit fin à son rêve. Déçu et déprimé, il a quitté l'école et a commencé à prendre des drogues. Il a vécu dans des refuges à Vancouver et Calgary, et a commencé à fréquenter des petits truands. Maintenant, il sait qu'il allait droit et vite vers l'autodestruction.
Un jour, Jason a entendu parler de The Doorway (autrefois appelé The Back Door), un organisme qui aide les jeunes gens à assurer leur transition de la rue à une vie normale. Il a compris qu'ici, on lui offrait le soutien qu'il lui fallait pour remettre sa vie sur le droit chemin. «Il était temps de faire un gros effort», déclare-t-il. Et il l'a fait.
Aujourd'hui, Jason est chef cuisinier dans un bar restaurant à Calgary. Il a une maison, une femme, une fille, et il s'est réconcilié avec ses parents. Alors que beaucoup d’anciens sans-abri préfèrent ne pas parler de leurs vies passées, Jason est très content de redonner comme il peut à une communauté qui l'a aidé. «Ce serait du gâchis d'avoir vécu ces expériences et de ne pas les utiliser pour aider les autres,» dit-il. Et il est clair que Jason a décidé de ne plus gâcher sa vie.
*Son nom a été changé

Nadine*: d’un passé difficile à un avenir brillant et sûr
Mère seule vivant dans la banlieue de Vancouver, les emplois temporaires et peu rémunérés de Nadine ne lui permettaient pas d'atteindre les fins de mois et de s'occuper de ses deux filles de trois et cinq ans.
Elle avait constamment peur de perdre son logement.
Un ami lui a suggéré de contacter BladeRunners, un programme dirigé par l'organisme ACCESS, une agence partenaire de Chez Toit. BladeRunners aide les jeunes gens dans des situations difficiles à développer leurs aptitudes et leurs possibilités d'emploi grâce à un programme de formation structuré.
Grâce à l'aide de BladeRunners, Nadine a terminé son certificat de premiers soins de la CSPAAT niveau 3 et sa formation d'agente de sécurité certifiée (avec une note de 98 %!). Aujourd'hui, elle est l'officier de sécurité du site de Bastion Development Corporation à son site de UBC Chorus. Son avenir est sûr et plein de promesses, et sa jeune famille a un logement sécuritaire et abordable.
L'expérience de Nadine l'a rendue plus forte. Elle sert de merveilleux modèle à ceux qui affrontent les obstacles qu'elle a surmonté. «Comme eux, je n'étais pas dans une très bonne situation,» dit-elle. Mais elle est la preuve qu'avec de la détermination et le soutien approprié, il est possible de refaire sa vie.
*Son nom a été changé

Katie*: une décrocheuse qui va au collège
L'enfance de Katie rappelle les souvenirs pénibles d'une relation mère fille qui a dérapé irrémédiablement vers un triste cycle de colère, de frustrations et de reproches mutuels. À 12 ans à peine, Katie était si désespérée qu'elle a supplié qu'on la place dans une famille d'accueil.
L'espoir se transforma en désillusion au fur et à mesure que Katie se déplaçait de foyers en centres de détention. À 16 ans, elle quitte l'école pour vivre dans la rue et prendre des drogues. Elle a peur, elle a froid, et souvent elle a faim. Elle ne sait pas vers qui se tourner pour recevoir de l'aide.
Le tournant décisif arriva quand Katie s'adressa à Choices for Youth, une agence communautaire de St. John’s (Terre-Neuve). Choices fournit aux jeunes des systèmes de soutien stables durant les périodes difficiles de leur vie. Katie s'est inscrite à un programme élémentaire de maths et de littératie administré par Choices et dirigé par le Community Youth Network.
Katie n'avait pas été à l'école pendant plus de quelques mois à la fois depuis qu’elle avait 12 ans. Il a fallu plusieurs essais et toute une année avant qu'elle soit prête à se consacrer à ce programme, mais elle a fini par se décider d'effectuer quelques changements dans sa vie.
Aujourd'hui, Katie est une jeune femme articulée et sûre d'elle. Elle travaille pour un centre communautaire local et se prépare à suivre un programme d'équivalence de haute école pour obtenir un diplôme collégial de loisirs communautaire et de leadership.
*Son nom a été changé

David*: un encadrement, du soutien et de la volonté l’ont aidé à réussir
C'est dur d'imaginer comment quelqu'un peut survivre aux obstacles que David a dû affronter durant sa courte vie. Né à Moncton, au Nouveau-Brunswick, il avait seulement 10 ans quand sa mère est morte. Son père, alcoolique, meurt à peine 8 ans plus tard. Ses trois frères et sœurs avaient déjà quitté la maison pour la culture de la drogue. Une difficulté d'apprentissage et l'épilepsie compliquaient davantage la vie de David. À 18 ans, il se sentait seul et vulnérable.
Puis un ami lui a parlé du Transitional Housing Program dirigé par Moncton Youth Residences. Une agence partenaire de Chez Toit, Moncton Youth Residences Inc., procure un encadrement et du soutien à des jeunes gens comme David qui ont besoin d'aide pour faire des choix positifs et avoir plus de contrôle sur leur futur.
Durant ses années auprès du programme, il a acquis des aptitudes à la vie quotidienne, il a appris à s'occuper de façon responsable de sa santé et de son éducation, et à développer des relations. «Un des moments dont je suis le plus fier était ma graduation,» dit-il. Il a aussi acquis suffisamment de confiance en lui pour aller à un collège communautaire pendant un an, d'où il est sorti avec un diplôme de charpentier.
Aujourd'hui, David a son propre logement et il travaille dans un cinéma. Son épilepsie est sous contrôle et il garde la forme en faisant du vélo et en marchant jusqu'à son travail. Il envisage de travailler le bois plus tard, mais pour l'instant il est heureux d'en être arrivé là. «J'ai de la volonté et je pense de façon positive» dit-il, avant d'ajouter : «ma mère était comme ça».
J'ai de la volonté et je pense de façon positive... Ma mère était comme ça.
*Son nom a été changé

Craig*: des conseils et du mentorat l'ont empêché de se «perdre dans les rues».
Il se rappelle encore les disputes effrayantes et assourdissantes entre son père et sa mère. Quand son père est définitivement parti, sa mère a essayé de l'élever seule, mais sa dépendance à l'alcool a empiré et l'en a empêché. Pendant les six années qui ont suivi, Craig est passé dans 12 foyers d'accueil différents.
Une chose a aidé Craig pendant ces années difficiles à supporter le stress et le doute que sa jeune vie comportait : chaque été il passait quelques semaines dans l'insouciance au Camp Champleau à Montréal. Le camp est dirigé par la Old Brewery Mission, une agence partenaire de Chez Toit. Le but du camp est de conseiller des enfants à risque tels que Craig, dépourvus d'une famille et d'un environnement stable. «Le moniteur de mon camp est devenu à la fois le grand frère que je n'ai jamais eu et le père que j'ai toujours voulu» se souvient Craig.
Aujourd'hui Craig aide à diriger un foyer de groupe pour les enfants et étudie l' Éducation préscolaire et l'enseignement primaire. Sans le soutien qu'il a reçu, il est persuadé qu'il aurait été perdu dans la rue.
*Son nom a été changé

Emily: «On a dû mendier pour survivre...»
Emily avait 17 ans quand elle et sa jeune sœur ont été mises à la porte de leur maison familiale de St. John’s, Terre-Neuve. Il faisait si froid cette nuit-là, je me souviens encore que nous frissonnions», dit-elle.
Sans nourriture, elles on dû mendier pour survivre, observant avec désespoir les gens qui les fixaient froidement avant de les dépasser, «comme si nous étions invisibles, inexistantes». Pendant un mois, Emily, sa sœur et leur chat ont dormi dans des allées, sur le pas des portes et sur les toits. Finalement, le Community Youth Network, un groupe communautaire de soutien des jeunes, les a aidé à quitter la rue.
Emily a maintenant 21 ans. Elle a un foyer stable, elle est retournée à l'école pour perfectionner son éducation et augmenter ses chances d'emplois, et elle est l'heureuse maman d'un petit garçon intelligent et plein de santé.
Son expérience lui a permis d'ouvrir les yeux sur le problème croissant de l'itinérance et les raisons qui mettent tellement de jeunes à la rue. Elle partage volontiers son histoire pour que les autres comprennent que ce n'est pas habituellement par choix que les jeunes vivent dans la rue. «Il y a parfois des facteurs déterminants qui sont au-delà de notre contrôle.» Elle espère qu'un jour «Nous pourrons y mettre fin ensemble.»
